voir tous les portaits

Diego
Gradis

13ème chef de la Maison Gradis depuis Diego Gradis

M Diego Gradis vous êtes l’un des membres de l’Association les Hénokiens, pouvezvous vous présenter à nos lecteurs ?

> Diego Gradis : 13ème chef de la Maison Gradis depuis Diego Gradis (eh oui, Diego !), fondateur de l’entreprise en 1685, on m’a confié les rennes de la société en 2014 et j’espère que ce chiffre « 13 » nous portera bonheur. Etudes de droit à Paris (Paris II) puis à New York (NYU), Sciences-Po ; après une première carrière juridique comme avocat international à New York puis à Paris, je consacre ma seconde carrière à la solidarité internationale en fondant en 1986 avec ma femme, Christiane, l’ONG internationale « Traditions pour Demain » (www.tradi.info) que nous continuons de diriger. Avec Cyril, notre fils, Vice-président de notre Maison, je démarre donc une troisième carrière à un âge où beaucoup regardent plutôt vers la sortie, et je m’en réjouis.

Pouvez-nous présenter votre entreprise et ses activités ?

> D.G. : La Maison David Gradis et Fils a eu son siège à Bordeaux jusqu’au début du XXème siècle, puis est devenue la Société Français pour le Commerce avec l’Outre-mer (SFCO) sous la forme d’une société anonyme, avec son siège à Paris. Pendant des siècles la Maison Gradis s’est consacrée en qualité d’armateur, au commerce de denrées agricoles, notamment le sucre, avec les Antilles et à une certaine époque le Québec. Pendant le dernier quart du XXème siècle, la SFCO renoue avec une partie de son passé : le commerce des grands crus bordelais. Ce chapitre de son histoire refermé, elle se consacre à la gestion d’investissements financiers, et depuis peu à des investissements directs dans des affaires de dimension moyenne ayant un fort impact social et environnemental, notamment en Amérique latine. Bien que figurant parmi les plus vieux Hénokiens, la SFCO n’en est pas moins probablement un des plus petits !

Quels sont pour votre entreprise les faits marquants de ces dernières années ?

> D.G. : Rien de très marquant ces dernières années, sinon la transmission de la société et sa direction aux nouvelles générations en 2014.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos projets majeurs à plus ou moins longs termes ?

> D.G. : Après la passation de pouvoir, il est encore trop tôt pour définir des orientations claires pour les activités futures de la société à plus ou moins long terme. Toutefois, son engagement sur des investissements ou des activités à impact social et responsable paraît clair. L’objet social de la société qui est très large permet d’envisager tout type d’activité.

Quelles sont les raisons qui peuvent expliquer la longévité de votre entreprise ?

> D.G. : La bonne santé financière de la société, malgré évidemment quelques vicissitudes passagères à certaines époques, ont certainement contribué à la longévité. Ce qui a sous-tendu cette bonne santé a aussi été l’attachement à des valeurs transmises de génération en génération. Elles ont été une sorte de fil rouge dans les activités de la société comme dans sa direction : recherche d’un consensus intergénérationnel et auprès de parties de la famille non directement associées à la prise des décisions au quotidien, l’ouverture sur l’outre-mer, le respect et la reconnaissance au personnel, la collaboration avec différents secteurs de la société, du monde des affaires et de la politique sans préjugés ni idées arrêtées, la participation à la vie de la cité et une contribution philanthropique et intellectuelle à ses activités. Il semble que les contacts personnels des dirigeants de la Maison Gradis dans des secteurs variés et à des niveaux divers aient également contribué à la consolider vis à vis du monde extérieur, comme à l’interne.

Les valeurs traditionnelles qui font la force de votre entreprise constituent-elles également un atout en matière de recherche et d’innovation ?

> D.G. : Sans aucun doute. L’accueil que nous avons reçu de la part de nos partenaires dans des affaires que la SFCO a montées dans un passé plus très récent mais cependant pas trop éloigné encore, reflète l’intérêt pour les valeurs auxquelles nous sommes attachés. Elles sont intrinsèquement liées à longévité de la société. Ainsi, lorsque nos affaires de commerce de vin ont « repris » en 1975, c’était en partie grâce à un contact de la société à Bordeaux. Cette personne tenait dans sa proposition d’intervenir comme intermédiaire avec un de ses clients anglais, à présenter un acheteur qui représentait ces valeurs. Ce fut la SFCO.

Quels sont, selon vous, les pièges les plus importants auxquels votre entreprise doit faire face pour conserver son indépendance ?

> D.G. : Eviter une trop grande dilution du pouvoir de décision au sein de l’entreprise, mais toutefois en associant un cercle familial représentatif aux décisions et le tenir régulièrement informé. Cela soude la cohésion familiale qui ne doit cependant pas reposer que sur l’entreprise.

La volonté de votre famille de garder l’entreprise indépendante a-t-elle nécessité au fil des siècles des choix difficiles. Si oui, pouvez-vous nous en citer quelques uns ?

> D.G. :

  • Rachat par la famille de la totalité de ses actions, quelques 40 ans après son entrée au capital de la SFCO, à un établissement financier qui avait largement contribué à l’augmentation de capital au moment où en 1921 la Maison Gradis a pris la forme d’une société anonyme. Son action était alors cotée à la Bourse de Paris.
  • Dans les années 60, contribuer à renflouer la trésorerie de l’entreprise par ses dirigeants familiaux pour respecter vis-à-vis de ses clients des engagements commerciaux qui, sans cela n’auraient pas pu être tenus, suite à une grave escroquerie dont a été victime la société. Sans quoi un rachat par des tiers aurait pu être une voie de sortie de cette crise.

La nouvelle génération est-elle déjà dans l’entreprise ?

> D.G. : Oui, Cyril Gradis (sur la photo), né en 1989, seul détenteur du nom Gradis à sa génération, siège au Conseil d’administration de la société. Il assure les fonctions de Vice-président et est très engagé dans la vie de la société.

Auriez-vous un message à communiquer à toutes celles et ceux qui voudraient se lancer dans la création de leur entreprise familiale ?

> D.G. : Faites-le, mais prenez toutes les précautions possibles. C’est un beau projet mais on joue avec le feu. Les dégâts collatéraux peuvent être à la hauteur des très grandes joies que peut procurer le vécu d’une entreprise familiale. Il faut beaucoup de patience, de souplesse, de transparence et de modestie.